Mode à Boston: portrait d’une industrie

Publié par le 8 avril 2013

Aux alentours de la dernière Semaine de mode de Montréal, en février, plusieurs ont porté un regard critique sur le milieu de la mode au Québec. Des acteurs de l’industrie et des observateurs se sont questionné sur les difficultés de la mode d’ici: comment l’exporter, la valoriser, la présenter? Lors d’une visite à Boston (une ville parfois comparée à Montréal), La Passerelle a cherché à savoir ce qui s’y fait de semblable et de différent. Portrait d’une industrie.

Comme celle de Montréal, la mode de Boston évolue dans l’ombre de New York. Lorsqu’il emménage dans la métropole en 1989, Jay Calderin ne connaissait rien de la mode bostonienne. “Venant de New York, je croyais qu’il n’y avait pas d’industrie de la mode à Boston”, explique celui qui a depuis fondé la Semaine de mode de Boston. Petit à petit, il découvre un magazine par-ci, quelques designers par-là, mais a le sentiment que le public ne connaît pas la mode locale.

Pour Krista Casey, une des photographes derrière le blog Boston Street Style, la situation n’a guère changé. «La mode à Boston n’est pas assez médiatisée, elle est élitiste. Les jeunes ne connaissent pas le nom des designers qui présentent à la Semaine de mode!», dit-elle. Son collègue David Kavaler renchérit: «L’événement Fashion’s Night Out représentait mieux ce que nous croyons que la mode devrait être: accessible. Nous sommes déçus que ce soit annulé, même si ça aurait pu être mieux organisé.»


Krista Casey et David Kavaler, les photographes de Boston Street Style / Photo par Marie-Ève Rochon

Emily Geaman, blogueuse à So Anthro, souhaite soutenir les jeunes designers qui démarrent leur ligne. Mais la programmation officielle de la Semaine de mode ne la rejoint guère. «Je suis allée à quelques événements de la Semaine de mode, mais aucun dans la grande tente. Les styles présentés ne m’intéressent pas vraiment», dit-elle.

La semaine de la mode

La Semaine de mode de Boston, fondée en 1995, est administrée différemment de celle à Montréal. Tous les organisateurs sont bénévoles et les créateurs apparaissent gratuitement sur le calendrier officiel de l’événement. La Semaine de mode de Boston ne produit pas de défilés, mais vise à promouvoir ceux que les designers mettent sur pied.

Certains designers présentent donc leur défilé dans des endroits hors du commun, comme par exemple des restaurants. Jay Calderin applaudit ce mélange des genres. «Nous tentons de positionner la mode de Boston dans un contexte plus large, explique-t-il. Les boutiques de vêtements, les restaurants, les spas: tout ça s’inscrit dans un mode de vie.»

Depuis deux ans, la Semaine de mode de Boston a aussi son lieu central, baptisé la tente. «Il y a encore des événements qui se tiennent un peu partout dans la ville, mais la tente est le point focal et attire d’avantage l’attention», souligne Jay Calderin.

Jay Calderin, fondateur de la Semaine de mode de Boston et professeur à la Boston Fashion School of Design
Jay Calderin, fondateur de la Semaine de mode de Boston et professeur à la Boston Fashion School of Design / Photo par Marie-Ève Rochon

Les designers montréalais déplorent souvent l’absence d’acheteurs à la Semaine de mode. (Les acheteurs sont des professionnels qui choisissent quels produits seront vendus dans le magasin pour lequel ils travaillent la saison prochaine. Accueillir des acheteurs à son défilé permettra possiblement au designer d’agrandir son réseau de distribution.) À Boston, les acheteurs ne semblent pas être plus présents, mais Jay Calderin ne s’en fait pour autant. «Le défilé peut être du divertissement, un cadeau que le designer fait à ses clients», estime-t-il.

La designer Daniela Corte a participé à la Semaine de mode de Boston quelques fois. Pour elle, le portrait n’est ni complètement sombre ni tout à fait reluisant. «J’adore Boston, mais il a été un peu difficile d’obtenir le genre de soutien pour la mode qu’on voit à New York, Los Angeles ou Paris, dit-elle. C’est un work in progress et ça s’améliore d’année en année.»

La prochaine Semaine de mode de Boston aura lieu du 27 septembre au 6 octobre.

Appuyer la relève

S’il y a un domaine où la mode de Boston semble être en pleine forme, c’est en ce qui a trait au soutien de la relève. La Semaine de mode officielle a lieu seulement une fois par année, à l’automne, alors qu’au printemps tous les regards se tournent vers la Semaine de mode étudiante. “Nous souhaitons diriger l’attention sur les étudiants parce qu’il y a tellement de programmes d’études en mode dans la région, explique Jay Calderin, lui-même professeur à la Boston Fashion School of Design. Il y en a probablement même plus qu’à New York!”

Boston School of Fashion Design
Rouleaux de tissu à la Boston School of Fashion Design / Photo par Marie-Ève Rochon

The Launch (le lancement), est un autre programme d’aide à la relève. Soutenu conjointement par la Semaine de mode de Boston et le FGI (Fashion Group International of Boston), il offre la chance à 5 aspirants designers de présenter un défilé à la Semaine de mode de Boston. Le concours est sur invitation seulement, chaque participant doit être recommandé par le chef de département de son école respective. 24 finalistes sont sélectionnés parmi 8 programmes de mode participants. Les 5 aspirants designers choisis sont encadrés et soutenus tout au long de l’été, et présentent chacun une collection de 12 pièces à la Semaine de mode de l’automne.  «Nous avons démarré l’initiative parce que nous voyons beaucoup de jeunes designers autodidactes très créatifs, mais qui malheureusement n’ont pas toutes les connaissances techniques de base, dit Jay Calderin. Nous voulons récompenser le savoir-faire artisanal et encourager les étudiants qui font de très bons vêtements.»

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