Le MBAM retire de sa boutique des produits jugés offensants

Publié par le 30 octobre 2013

La boutique du Musée des Beaux-Arts de Montréal est dans l’eau chaude à cause de la vente des produits Inukt, une ligne d’accessoires mode et déco inspirés de l’esthétique des Premières Nations canadiennes. La créatrice de la marque, Nathalie Benarroch, n’est pas elle-même issue d’une communauté amérindienne.

20131030-231726.jpg

À quelques coins de rue de là, le Musée d’art contemporain de Montréal présente Beat Nation, une exposition qui souligne les liens entre l’art contemporain autochtone et la culture hip-hop. Certains des artistes impliqués n’ont pas hésité à exprimer leur mécontentement face à cet exemple d’appropriation culturelle. Tania Willard, une artiste de la nation Secwepemc, est l’une des conservatrices de l’exposition. Elle déplore que le nom de la marque laisse croire qu’il s’agisse d’un projet Inuit, alors qu’elle y retrouve plutôt un mélange confus de références à plusieurs nations amérindiennes.

Face au tollé, le Musée des Beaux-Arts a annoncé mercredi que la collection Inukt sera retirée de sa boutique au cours des prochains jours. Entre temps, la créatrice de la marque Inukt a admis présenter une culture qui n’est pas la sienne, se défendant de cette façon en entretien avec le journal La Gazette: « A-t-on besoin d’être Français pour manger une baguette? Ou d’être Italien pour parler italien? ».

Dans sa définition la plus stricte, l’appropriation culturelle est la reprise de certains éléments spécifiquement associés à une culture par un autre groupe culturel. En changeant ces éléments de contexte, ils prennent généralement des significations différentes et beaucoup moins nuancées. Ce phénomène devient particulièrement problématique lorsque les éléments repris sont issus d’une culture minoritaire ou subordonnée d’une quelconque façon au groupe qui se les approprie, ou lorsqu’il existe un historique de tension entre les deux groupes. Voilà qui explique la différence majeure entre le fait de manger un pain baguette et de vendre des t-shirts à l’effigie de Chefs amérindiens.

L’appropriation culturelle en mode

L’insensibilité culturelle n’est pas exclusive au domaine de la mode, mais elle y fait souvent surface. Le blackface, maquillage théâtral associé à une représentation caricaturale d’un personnage noir joué par un acteur blanc, crée régulièrement la controverse. En 2013, les magazines Numéro et Vogue Pays-Bas ont notamment maquillé des mannequins blanches pour leur donner l’air d’avoir la peau noire. Quand on sait que le nombre de mannequins noires (et asiatiques) engagées dans les grands défilés demeure nettement inférieur au nombre de mannequins blanches, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a là une forme de discrimination à peine voilée.

Il y a quelques jours, des personnalités du monde de la mode italienne (Anna Dello Russo et Stefano Gabbana étaient de la partie) ont organisé une fête d’Halloween sous le thème « Disco Africa ». Des invités se sont malheureusement présentés en maquillage blackface à la façon des minstrels, et quelques-uns ont même eu la très mauvaise idée de se munir de chaînes et de se déguiser en esclaves.

L’an dernier, la chaîne Urban Outfitters a été poursuivie en justice par la nation amérindienne Navajo pour l’utilisation de son nom (protégé par copyright) à des fins commerciales sans son autorisation.

5 commentaires

  1. Gabrielle dit :

    Merci pour cet intelligent article. On déplore souvent les appropriations culturelles telle la collection Navajo de Paul Frank, etc. sans jamais pousser la réflexion un peu plus loin.

    i love la passerelle

  2. Suzie dit :

    Super article! :)
    Pas que le sujet est mis de côté onze mois de l’année sur douze, mais j’ai l’impression que la période d’Halloween est particulièrement irritante pour plusieurs groupes ethniques qui se voient reléguer leur culture à simple costume stéréotypé. Les étudiants de l’université du Colorado ont fait des annonces pour sensibiliser les gens aux conséquences lorsqu’ils s’approprient la culture d’un peuple. (http://www.washingtontimes.com/news/2013/oct/24/university-colo-students-pc-halloween-costumes/)

  3. Audrey dit :

    Never forget le tellement classy disco Africa. Je n’en croyais pas mes yeux.

Laisser un commentaire

Looking for something?

Follow us on: