Design interrompu au Royal College of Art

Publié par le 17 janvier 2014

Chaque hiver, le Royal College of Art de Londres présente l’exposition “Work in Progress” (Travail en cours). Ce prélude à la présentation de fin d’année offre un aperçu du processus artistique élèves à un moment précis, comme un arrêt sur image. Jusqu’au 19 janvier, l’école des matériaux est à l’avant-plan, alors que les étudiants des programmes de céramique, de mode, de bijoux et de textiles partagent leurs créations.

Royal College of Art Work in Progress Niels Sigsgaard jewellery
Max Danger (bijoux) a créé ces abeilles curieuses s’aventurant sur le bord d’une classique tasse de thé anglaise. Une loupe déposée sur la table vous invite à regarder de plus près.

Comme son nom l’indique, cette exposition est un assortiment de divers fragments, d’idées inachevées et de contours flous. Le résultat est plutôt déroutant puisque chaque oeuvre vous attire dans un univers différent. Heureusement, les créations exposées présentent des points de vue esthétiques particulièrement forts, faisant de cette visite est une expérience hautement captivante.

En entrant dans la galerie du campus de Kensington, on a l’impression que les artistes viennent tout juste de quitter leur atelier, nous permettant momentanément de fouiner dans leur travail. Les objets sont éparpillés de-ci, de-là, attendant patiemment le retour de leur créateur. Certaines oeuvres sont interactives, vous invitant à tirer une corde, glisser des panneaux, tourner des pages. Vous ressentirez peut-être une excitation enfantine face à cette atmosphère de coulisses, presque d’interdit.

Flânez dans les salles blanches et vous découvrirez un pull rose bonbon embossé avec de la mousse coupée au laser épelant les mots “Have a magical day” (Passez une journée magique). Les shorts assortis en jacquard jaune et bleu – présentant un motif géométrique rappelant un horizon urbain – abritent un jouet de piscine qui évoque, assez peu subtilement, l’appareil génital masculin.

Du côté des vêtements pour femmes, la silhouette présentée par Janni Vepsalainen est particulièrement saisissante. Un tricot crème, court à l’avant et long à l’arrière, est tout sauf sage avec ses manches à volants en tulle chatoyant. En dessous, apparaît une délicate robe blanche en tissu cloqué couvrant un pantalon capri en laine beige.

La pièce de résistance de l’exposition réside cependant dans la partie consacrée aux textiles. Le niveau de créativité déployé est étonnant, surtout pour une discipline qui pourrait sembler tellement opaque et abstraite. Trois bûches noircies par la cendre sont présentées aux côtés d’autant de morceaux de tissu inachevés et de rouleaux de fil de cuivre. Un voile vaporeux est imprimé de grossiers coups de pinceaux bleu nuit. Des perles tubulaires sont disposées sur des matériaux rigides en motifs rappelant insectes et araignées. Des retailles de tricots colorés sont suspendus au plafond à côté de peintures abstraites à l’aquarelle.

Le défaut principal de l’exposition est l’absence de textes et de matériel explicatif. Pourquoi les étudiants considèrent-ils les thèmes choisis? Quelles sont leurs influences? À quoi veulent-ils que nous réfléchissions? Le visiteur n’obtient pas de réponse. C’est parce que “Work in Progress” doit d’abord être ressentie, et non expliquée.

Royal College of Art Work in Progress Gwen Wei Weilong Xie
Gwen Wei (bijoux) s’est associée à Weilong Xie (architecture) pour Featus, une oeuvre surprenante dont l’apparence délicate (perles baroques, tridacnas artificielles et nacres l’ornent) contraste avec le thème un brin morbide (elle réfère à un stade incomplet de formation du visage chez l’embryon). Le duo décrit l’oeuvre comme un univers retourné sur lui-même qui contient tout, mais semble chaotique.

Royal College of Art Work in Progress Alicja Patanowska ceramics
Alicja Patanowska (céramique) a créé une oeuvre poétique et fascinante avec Plantation, permettant au spectateur d’observer le processus de croissance des plantes, non seulement par sa tige, mais aussi par ses racines.

Royal College of Art Work in ProgressJustyna Michalowska printed textiles
Justyna Michalowska (textiles imprimés) incorpore des traits d’aquarelle aux couleurs vives dans son travail. 

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