Faut-il remplacer la Semaine de mode de Montréal?

Publié par le 24 février 2014

C’est aujourd’hui que s’ouvre D Moment, un nouveau rendez-vous pour le design de mode québécois. Lancé par Nancy Richard et Geneviève Allaire, toutes deux stylistes, l’événement met en vedette des designers émergents, dont certains en sont à leur toute première collection. «Nous voulons faire connaître les talents moins connus et inviter les gens à opter pour des vêtements conçus ici», expliquent les instigatrices du projet.

KQK D Moment Montreal
KQK, une jeune griffe présentée à D Moment

L’initiative voit le jour au moment où aurait été présentée la Semaine de mode de Montréal (SMM), n’eut-elle été annulée. Linda Tremblay, Directrice générale du Conseil des créateurs de mode du Québec, a exprimé sa déception quant au moment choisi pour dévoiler l’absence de semaine de mode au cours du mois de février. «Cette annonce faite fin novembre ne donne pas beaucoup de temps pour rechercher une alternative et établir un cadre de présentation collective», plaide-t-elle.

En attendant qu’un événement d’envergure reprenne le flambeau de la SMM, les designers organisent la présentation de leurs collections chacun de leur côté. Annie Chagnon et Amélie Gingras-Rioux, les fondatrices de la marque Annie 50, ont opté pour un 5 à 7 intime dans leur atelier. «Nous avons toujours été très satisfaites du service offert par la SMM et des gens que nous y avons côtoyés, assurent les créatrices. On ne peut pas se cacher que ce sera plus complexe maintenant, puisque la SMM nous donnait les outils nécessaires pour présenter nos collections et ce pour très peu cher, en plus de coordonner le tout avec succès.» Questionnées quant aux avantages que leur procurait la SMM, les designers d’Annie 50 citent «une visibilité médiatique incomparable».

Mais la déception n’est pas la même partout. Le designer Pedram Karimi, qui a présenté ses deux premières collections à la Semaine de mode de Montréal en février et septembre 2013, n’a pas versé une larme quand il a appris l’annulation de la Semaine de mode. «La visibilité, c’est bien, mais ça ne paie pas les comptes», exprime-t-il sans détours. Le designer d’origine iranienne était à Londres la semaine dernière pour White Winter Fashion City, un événement regroupant sept griffes montréalaises en sol britannique. À entendre les doléances des designers concernant la SMM, c’est-à-dire l’absence d’acheteurs internationaux, la solution pourrait bien s’y trouver. La salle de montre de White Winter Fashion City a notamment été visitée par Browns et Layers, deux géants du commerce au détail anglais. Si les commerçants internationaux ne viennent pas à Montréal, ammenons la mode montréalaise à eux.

Ironiquement, c’est un peu la SMM qui a permis à cette présentation québéco-britannique de voir le jour. C’est après avoir accepté une invitation pour assister à la semaine de mode montréalaise que la londonienne Mélanie Trevett, organisatrice de l’événement, a découvert la mode québécoise. La designer Mélissa Nepton, qui affichait aussi sa collection lors de White Winter Fashion City, est consciente de l’importance de la SMM dans son parcours. «Les semaines de mode nous permettent de nous surpasser dans le stylisme et dans l’image de la compagnie, explique-t-elle. Ceci aide grandement à la notoriété de la marque et influence certainement notre participation à des événements internationaux de la sorte.»

Melissa Nepton White Winter Fashion City
Des créations Mélissa Nepton présentées à l’événement White Winter Fashion City à Londres

Les prochains rendez-vous mode de Montréal, la Braderie de mode québécoise et le Festival mode et design, sont destinés au grand public. Les créateurs auront pour mission de charmer les consommateurs québécois et de les convaincre d’acheter des vêtements faits dans la province. Quant aux ventes en gros, les designers devront peut-être forger chacun leur voie, comme le fait Karl Latraverse pour sa jeune griffe There Are Many of Us. «En un an, j’ai présenté deux fois au salon Pitti Uomo à Florence, j’ai ouvert un compte en Russie et je prépare une collaboration en Chine», révèle le designer. Voilà une griffe dont la progression ne semble pas freinée par l’absence de semaine de mode à Montréal.

 

Photo de couverture: griffe 3.Paradis présentée à D Moment.

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